Se lancer en auto-entrepreneur, c’est souvent facile. Fixer ses prix, c’est une autre histoire. Beaucoup de prestataires indépendants démarrent en sous-facturant, soit par peur de faire fuir les clients, soit parce qu’ils ne savent pas vraiment comment calculer un tarif juste. Résultat : ils travaillent beaucoup, gagnent peu, et finissent par se décourager. Ce guide est là pour éviter ça.
L’essentiel à retenir
| Point clé | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Deux méthodes de tarification | Le tarif horaire (THM) pour les missions courtes, le taux journalier moyen (TJM) pour les missions longues. |
| Le chiffre d’affaires ≠ revenu net | En auto-entreprise, les cotisations sociales représentent environ 22 % du CA pour les prestations de service. |
| Le temps non facturable existe | Prospection, admin, déplacements : ces heures doivent être intégrées dans votre calcul de tarif. |
| La TVA | En dessous de 37 500 € de CA annuel, vous êtes en franchise de TVA. Au-delà, vous devez la facturer. |
| Le marché s’étudie | Votre tarif doit aussi être cohérent avec ce que pratique la concurrence dans votre secteur. |
| Les à-côtés souvent oubliés | Révisions, droits d’auteur, déplacements : ces éléments doivent apparaître clairement dans votre devis. |
Combien facturer une prestation de service en auto-entrepreneur : comprendre ce que vous touchez vraiment
Avant de fixer le moindre chiffre, il y a une vérité arithmétique à intégrer : votre chiffre d’affaires n’est pas votre revenu. En tant qu’auto-entrepreneur proposant des prestations de service, vous payez des cotisations sociales sur ce que vous encaissez, que vous vous soyez versé de l’argent ou non.
Le taux de cotisations sociales pour les prestations de service s’élève à environ 22 % du chiffre d’affaires. Si vous avez opté pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu (une option qui vous permet de payer votre impôt en même temps que vos cotisations, en pourcentage du CA), ajoutez encore 2,2 % pour les prestations de service. En pratique, cela signifie que sur 1 000 euros facturés, vous conservez environ 750 à 760 euros nets avant impôt si vous avez choisi le versement libératoire, ou davantage si vous déclarez vos revenus via le régime normal.
Prenons l’exemple d’Amara, vidéaste freelance en auto-entreprise. Elle souhaite se verser 2 000 euros nets par mois. Pour y parvenir, elle ne peut pas simplement facturer 2 000 euros par mois. Elle doit intégrer ses charges :

Ses cotisations sociales représentent 22 % de son CA. Ses frais professionnels (matériel, logiciels de montage, abonnements, stockage, déplacements) s’élèvent à environ 300 euros par mois. Pour se verser 2 000 euros nets, elle a besoin d’un CA mensuel d’environ 2 950 euros. C’est ce nombre qui doit servir de base à son calcul de tarif, pas son objectif de revenu.
Les méthodes concrètes pour fixer le tarif d’une prestation de service en auto-entrepreneur
Le tarif horaire : pour les missions courtes et ponctuelles
Le tarif horaire est le plus intuitif. Il représente ce que vous facturez pour chaque heure de travail effectuée. Il est adapté aux vidéastes qui facturent une journée de tournage à l’heure, aux graphistes qui font des retouches ponctuelles, aux coachs, aux thérapeutes.
Voici la logique de calcul appliquée à Amara :
Elle souhaite un revenu net de 2 000 euros. Avec ses charges à 300 euros et ses cotisations à 22 %, elle a besoin d’un CA mensuel d’environ 2 950 euros. Elle estime pouvoir facturer environ 80 heures par mois (les 40 autres heures étant consacrées à la prospection, aux rendez-vous clients, à la comptabilité, aux allers-retours par mail). Son tarif horaire minimum pour atteindre son objectif est donc de 2 950 euros divisés par 80 heures, soit 37 euros de l’heure.
Ce chiffre est un plancher, pas un plafond. Elle peut et doit le comparer au marché : une vidéaste débutante facture généralement entre 40 et 70 euros de l’heure, une professionnelle avec plusieurs années d’expérience peut monter à 100 euros ou plus selon sa niche et sa clientèle.
Le TJM : pour les missions plus longues
Le TJM (Taux Journalier Moyen) est la méthode privilégiée pour les missions qui s’étendent sur plusieurs jours : un tournage corporate, un reportage événementiel, une mission en régie pour une agence de communication. Il se calcule selon le même principe que le tarif horaire, mais en partant d’une journée de travail (généralement 7 à 8 heures).
En reprenant le cas d’Amara : si son objectif de CA mensuel est de 2 950 euros et qu’elle estime travailler environ 15 jours facturables par mois (le reste étant dédié à la gestion et à la prospection), son TJM minimal est de 2 950 euros divisés par 15, soit 197 euros par jour.
Pour une vidéaste débutante à intermédiaire, les TJM observés sur le marché français se situent entre 200 et 450 euros par jour. Une professionnelle spécialisée (clip musical, institutionnel haut de gamme, motion design avancé) peut dépasser 600 euros par jour.
La première fois que j’ai accompagné une vidéaste en auto-entreprise sur sa tarification, elle facturait 150 euros par demi-journée de tournage. On a fait le calcul ensemble : une demi-journée sur place, plus la préparation la veille, plus le montage et les révisions représentaient facilement 12 heures de travail total. Elle facturait en réalité 12,50 euros de l’heure pour un métier qui exige de la formation, du matériel onéreux et une vraie expertise créative. Elle est passée à 300 euros pour un package tournage d’une demi-journée plus montage basique. Aucun client ne l’a quittée.
Le tarif au projet : l’option la plus professionnelle pour beaucoup de prestations
Pour une vidéaste, comme pour beaucoup de créatifs, facturer au projet est souvent plus pertinent que de facturer à l’heure. Pourquoi ? Parce que la valeur d’une vidéo ne se mesure pas au nombre d’heures passées à la produire. Une vidéaste expérimentée peut monter une courte vidéo corporate en 4 heures là où une débutante en passe 10. Si toutes deux facturent à l’heure, la plus compétente gagne moins. C’est absurde.

Facturer au projet, c’est raisonner en termes de valeur délivrée, pas de temps passé. Cela implique de bien définir ce que le projet comprend :
- Nombre de jours de tournage inclus.
- Durée de la vidéo finale et format.
- Nombre de révisions comprises dans le tarif.
- Droits de diffusion (une vidéo utilisée en publicité payante vaut plus qu’une vidéo publiée organiquement sur les réseaux).
- Livraison des fichiers sources ou non.
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Les éléments qu’Amara (et beaucoup d’autres) oublient de facturer
C’est là que se jouent souvent les pertes de rentabilité invisibles. Voici ce qui disparaît fréquemment des devis et qui doit pourtant y figurer :
- Les déplacements : si vous vous déplacez pour un tournage, le temps de trajet et les frais kilométriques doivent être soit intégrés dans le tarif, soit facturés en sus.
- Les révisions supplémentaires : précisez dans votre devis le nombre de révisions incluses (généralement deux). Au-delà, c’est facturable. Sans cette mention, certains clients peuvent demander dix allers-retours en pensant que c’est inclus.
- Les droits d’auteur et de diffusion : une vidéo créée pour une utilisation interne ne se facture pas au même tarif qu’une vidéo diffusée en campagne publicitaire nationale. La portée et l’usage commercial doivent influencer votre prix.
- Les frais de production spécifiques : location de matériel, figurants, musique sous licence, post-production externalisée. Ces coûts s’ajoutent à votre prestation, jamais dedans.
J’ai appris à mes dépens, en accompagnant une vidéaste pour un client dans le secteur de la mode, que ne pas préciser les droits d’utilisation dans un contrat peut vous coûter très cher. La marque avait utilisé la vidéo livrée dans plusieurs campagnes Meta Ads sans demander, sans payer un centime supplémentaire. Le contrat initial était trop vague. Depuis, je rappelle systématiquement que les droits de diffusion étendue se négocient au moment du devis, jamais après.
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La cohérence avec le marché : ni trop haut ni trop bas
Votre tarif calculé doit ensuite être confronté à la réalité du marché. Si votre calcul aboutit à un TJM de 200 euros mais que les vidéastes de votre niveau et de votre secteur facturent entre 350 et 500 euros, vous vous sous-valorisez. Si votre calcul vous donne 600 euros mais que vous débutez avec peu de références, vous aurez du mal à trouver des clients.
La cohérence de marché ne vous oblige pas à vous aligner sur le bas. Elle vous donne un cadre pour vous positionner intelligemment selon votre niveau d’expérience, votre spécialisation et la valeur unique que vous apportez.
Fixer un tarif juste, c’est un acte de respect envers vous-même. Et prendre soin de vous en tant qu’entrepreneur, ça commence par ça : décider que votre travail vaut ce qu’il vaut, et l’assumer.