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La carte G : ce que tout propriétaire devrait savoir avant de confier son bien

Darya Tehrani 15 juin 2026 7 min de lecture
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Quand j’ai commencé à confier la gestion de certains de mes biens à des prestataires en France, j’ai vite appris une règle que personne ne m’avait expliquée au départ : tout le monde ne peut pas légalement gérer un bien pour le compte d’autrui. Il existe une carte professionnelle spécifique pour ça, que peu de propriétaires connaissent, et dont l’absence chez un prestataire peut te coûter très cher. On appelle ça la carte G. Et je vais t’expliquer exactement ce que c’est, pourquoi elle existe, et comment t’en servir pour protéger tes intérêts.

DéfinitionCarte professionnelle obligatoire pour exercer la gestion locative pour compte de tiers
Texte fondateurLoi Hoguet du 2 janvier 1970, renforcée par la loi ALUR de 2014
Délivrée parLa Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI)
Durée de validité3 ans, renouvelable avec obligation de formation continue (42h sur 3 ans)
Coût160 € pour une première demande, 130 € pour un renouvellement
Sanctions sans carteJusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 7 500 € d’amende, nullité des mandats
VérificationFichier des professionnels de l’immobilier de CCI France, accessible en ligne

La carte G : ce qu’elle autorise et pourquoi elle est obligatoire

En France, la gestion locative pour compte de tiers est une profession réglementée. Ce n’est pas anodin : un gestionnaire immobilier manie des fonds qui ne lui appartiennent pas. Il encaisse des loyers, reverse des sommes aux propriétaires, gère des dépôts de garantie, règle des prestataires. C’est une activité financière sensible, et la loi a prévu un cadre strict pour la protéger.

La carte G, officiellement appelée carte professionnelle de gestion immobilière, est le document qui autorise un professionnel à exercer cette activité. Elle est issue de la loi Hoguet du 2 janvier 1970, complétée par le décret de 1972 et renforcée par la loi ALUR de 2014. Elle est délivrée par la Chambre de Commerce et d’Industrie du département où l’agence est domiciliée.

Ce qu’elle autorise concrètement, c’est de signer un mandat de gestion immobilière et d’encaisser pour le compte d’un propriétaire : les loyers et charges, le dépôt de garantie, les acomptes sur travaux, les régularisations de charges. Sans cette carte, encaisser le moindre euro appartenant à un propriétaire ou un locataire est illégal.

Ce point est fondamental et beaucoup de propriétaires ne le savent pas : la carte T (transaction immobilière) ne suffit pas. Un agent qui possède la carte T peut trouver des locataires et rédiger des baux, mais il ne peut pas gérer le bien dans la durée, encaisser les loyers ou représenter le propriétaire dans les rapports quotidiens avec son locataire. Pour tout ça, il lui faut la carte G en plus.

Obtenir la carte G : les conditions et les démarches

L’obtention n’est pas automatique. Elle est soumise à des conditions précises qui visent à garantir que le titulaire a les compétences et la solidité financière nécessaires.

Les conditions d’aptitude professionnelle se vérifient de deux façons. Soit le demandeur justifie d’un diplôme de niveau bac+3 minimum dans un domaine juridique, économique ou commercial (licence en droit, BTS Professions Immobilières complété d’une expérience, BUT Gestion Immobilière, etc.). Soit il justifie d’une expérience professionnelle significative dans le secteur de la gestion immobilière, dont la durée varie selon le niveau de responsabilité des postes occupés.

Les conditions financières sont les plus contraignantes. Le titulaire de la carte G doit justifier d’une garantie financière auprès d’un organisme agréé (banque, compagnie d’assurance, caisse de dépôts). Cette garantie doit s’élever à un minimum de 30 000 euros durant les deux premières années d’activité, puis à 110 000 euros à partir de la troisième année. Elle sert à couvrir les fonds des clients en cas de défaillance du gestionnaire. Sans elle, la carte ne peut pas être délivrée.

Le titulaire doit également souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle couvrant les dommages causés dans l’exercice de son activité, et ouvrir un compte séquestre dédié à la détention des fonds clients, distinct des comptes propres de l’entreprise.

Les démarches pratiques se font auprès de la CCI compétente. Le dossier comprend le formulaire Cerfa n°15312, les justificatifs d’aptitude professionnelle, l’attestation de garantie financière, l’attestation RC Pro, un extrait Kbis ou équivalent pour les structures morales, et des justificatifs de moralité (absence de condamnation pénale incompatible avec l’exercice de la profession).

Le coût est de 160 euros pour une première demande, 130 euros pour un renouvellement.

La durée de validité est de 3 ans. Au renouvellement, le titulaire doit justifier en plus d’une formation continue d’au moins 42 heures sur les trois années écoulées, dans des domaines en rapport avec son activité : droit immobilier, fiscalité, déontologie, accessibilité, performance énergétique.

La première fois que j’ai vraiment mesuré l’importance de cette carte, c’était avec un gestionnaire que j’avais sollicité pour un appartement que je gère à Nantes. Il m’avait proposé ses services à des tarifs très attractifs, avec une belle plaquette et un site soigné. Quelques semaines après la signature du mandat, j’ai voulu vérifier sa carte sur le fichier CCI France. Elle n’y était pas. J’ai creusé : il gérait des biens pour plusieurs propriétaires depuis deux ans sans la moindre habilitation légale. J’ai résilié immédiatement. Ce que j’ai appris ce jour-là, c’est que la vérification prend deux minutes et peut t’éviter des années de problèmes.

Ce que ça change concrètement pour les propriétaires

carte g

En tant que propriétaire qui confie la gestion de son bien, vérifier la carte G de ton gestionnaire n’est pas une formalité, c’est une protection directe. Voici pourquoi.

Si ton gestionnaire n’a pas la carte G, tous les mandats signés avec lui sont juridiquement nuls. Il n’a légalement aucun droit de percevoir des honoraires pour ses prestations de gestion. En cas de litige, tu ne peux pas te prévaloir de ces contrats, et lui non plus, ce qui crée une situation d’insécurité totale.

En cas de détournement de fonds ou de mauvaise gestion financière par un professionnel sans carte G, tu n’as aucune garantie financière pour te protéger. La garantie obligatoire liée à la carte n’existe pas puisqu’elle n’a jamais été souscrite. Tu perds tout recours organisé.

Les sanctions pénales pour exercice illégal de la gestion immobilière sont prévues par la loi Hoguet : jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Ces sanctions visent le prestataire, mais un propriétaire qui a sciemment fait appel à quelqu’un qu’il savait non habilité peut aussi voir sa responsabilité engagée.

Les situations à surveiller particulièrement :

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Comment vérifier qu’un professionnel possède la carte G ?

La vérification est simple et gratuite. Le fichier des professionnels de l’immobilier est accessible en ligne sur le site de CCI France. Il recense toutes les cartes professionnelles délivrées depuis 2015. Tu peux y chercher par nom, numéro de carte ou raison sociale de l’entreprise.

Ce que tu dois vérifier :

Si le professionnel ne figure pas dans ce fichier ou que sa carte est expirée, ne confie pas la gestion de ton bien. Quelle que soit la qualité apparente du service, l’absence de cette autorisation rend toute la relation contractuelle précaire et te laisse sans filet de sécurité.

Mon père Farhad a passé quarante ans à signer des contrats sur la péninsule arabique. Il avait appris très tôt à ne jamais travailler sans vérifier les habilitations de ses partenaires. Il nous disait avec le sourire : « Un homme sans licence, c’est comme une maison sans fondations. Ça peut tenir un moment, mais t’as pas envie d’être à l’intérieur quand ça tombe. »

Darya Tehrani
Darya Tehrani
Iranienne de naissance, j'ai grandi entre Dubaï et Riyad au rythme des chantiers de mon père, promoteur immobilier sur la péninsule arabique. L'immobilier, je l'ai respiré avant même de savoir ce que le mot voulait dire. À 30 ans, je tombe amoureuse de la France, j'apprends le français en trois ans de cours intensifs et je plonge dans le système immobilier français pendant 7 ans, entre agences et entreprises de gros œuvre. Aujourd'hui je gère des biens en Europe et dans les pays du Golfe, et j'écris pour que personne ne se sente perdu face à ce monde qui peut sembler si compliqué.