Vous avez sûrement déjà vérifié votre compteur de pas en fin de journée, avec cet objectif familier en tête : atteindre les 10 000 pas. Ce chiffre s’est imposé comme une évidence, relayé par les montres connectées, les applications de santé et le bouche-à-oreille, au point de devenir presque une norme universelle.
Pourtant, ce seuil n’a jamais reposé sur une base scientifique solide au moment de sa création. Il trouve son origine dans une opération marketing japonaise des années 1960, bien avant que la recherche en épidémiologie ne s’empare sérieusement de la question du nombre de pas quotidien et de ses liens avec la santé.
Alors, faut-il vraiment viser 10 000 pas par jour, ou ce chiffre mérite-t-il d’être relativisé ? Les grandes études publiées ces dernières années apportent des éléments de réponse plus nuancés, et souvent plus rassurants, que la recommandation d’origine.
L’origine surprenante d’un chiffre devenu universel
Le seuil de 10 000 pas remonte à 1965, année où une entreprise japonaise a commercialisé un podomètre baptisé Manpo-kei, littéralement « le compteur de 10 000 pas ». Le choix de ce nombre relevait avant tout d’une stratégie commerciale : facile à mémoriser, il s’appuyait aussi sur le caractère japonais désignant 10 000, visuellement évocateur. Rien, à l’époque, ne reposait sur une étude de santé publique.
Ce chiffre s’est ensuite diffusé mondialement, repris par l’industrie du fitness et les fabricants d’objets connectés, jusqu’à devenir un repère quasi automatique. Ce n’est que bien plus tard que la recherche scientifique a commencé à s’intéresser sérieusement à la relation entre le nombre de pas quotidien et différents indicateurs de santé, notamment la mortalité toutes causes confondues.
Ce que montrent les grandes études scientifiques
Une méta-analyse internationale de référence
L’une des études les plus solides sur le sujet a été publiée en 2022 dans la revue The Lancet Public Health. Cette méta-analyse a rassemblé les données de quinze cohortes internationales, en croisant le nombre de pas quotidien mesuré objectivement avec le risque de décès toutes causes confondues. Les chercheurs ont observé une diminution progressive du risque de mortalité à mesure que le nombre de pas augmentait, mais cette relation atteignait un plateau au-delà d’un certain seuil, au-delà duquel les pas supplémentaires n’apportaient plus de bénéfice mesurable.
Ce plateau se situait entre 6 000 et 8 000 pas par jour chez les personnes de 60 ans et plus, et entre 8 000 et 10 000 pas par jour chez les adultes plus jeunes. Autrement dit, l’objectif de 10 000 pas n’est pas dénué de sens, mais il ne constitue pas non plus un minimum indispensable pour bénéficier de l’essentiel des effets protecteurs associés à la marche.
Des travaux plus récents qui confirment cette tendance
Une revue systématique publiée en 2025, toujours dans The Lancet Public Health, est arrivée à des conclusions similaires. Elle indique que si 10 000 pas peuvent rester un objectif pertinent pour les personnes déjà actives, un seuil de 7 000 pas par jour est associé à des améliorations cliniquement significatives sur plusieurs indicateurs de santé, ce qui en fait un objectif plus réaliste et atteignable pour une grande partie de la population.
Il est important de noter que ces résultats reposent principalement sur des études observationnelles, qui établissent des associations statistiques et non des relations de cause à effet strictement démontrées. Les auteurs eux-mêmes soulignent des limites, notamment un nombre d’études encore restreint pour certains critères de santé spécifiques, comme le risque cardiovasculaire ou le risque de chutes.
Faut-il pour autant abandonner l’objectif des 10 000 pas ?
Non, et ce serait même une erreur de le voir comme un chiffre à bannir. Pour les personnes qui parviennent facilement à cet objectif, rien n’indique qu’il faille le réduire volontairement. Les données suggèrent simplement que ce seuil n’est pas une condition indispensable pour observer des bénéfices tangibles sur la santé, ce qui change la perspective pour toutes celles et ceux qui le trouvaient décourageant ou difficilement compatible avec leur emploi du temps.
Cette nuance a une conséquence concrète et plutôt encourageante : passer de 3 000 à 6 000 pas par jour, par exemple, représente déjà un progrès significatif sur le plan statistique, même sans atteindre la barre symbolique des 10 000. L’essentiel réside dans la progression par rapport à son propre niveau d’activité, plutôt que dans l’atteinte d’un chiffre fixe identique pour tous.
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Ce qui compte au-delà du simple nombre de pas
Le nombre de pas constitue un indicateur pratique, mais il ne dit pas tout de la qualité de l’activité physique. L’Organisation mondiale de la santé recommande aux adultes de pratiquer au moins 150 à 300 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée par semaine, une recommandation qui intègre la marche mais ne s’y limite pas.
La régularité de la marche, répartie tout au long de la semaine plutôt que concentrée sur un ou deux jours, semble également jouer un rôle dans les bénéfices observés. De même, limiter les longues périodes d’immobilité, en se levant régulièrement au cours de la journée, complète utilement le nombre total de pas accumulés, en particulier pour les personnes ayant une activité professionnelle sédentaire.
Enfin, il ne faut pas négliger les autres formes d’activité physique. Le vélo, la natation ou le renforcement musculaire apportent des bénéfices complémentaires à ceux de la marche, notamment pour l’entretien de la masse musculaire et de la santé osseuse.
Comment intégrer plus de marche dans son quotidien sans pression ?

Plutôt que de viser un chiffre rigide dès le départ, il est souvent plus efficace d’augmenter progressivement son niveau d’activité à partir de sa situation actuelle. Descendre une station de transport en commun plus tôt, privilégier les escaliers, ou instaurer une courte marche après les repas sont des habitudes simples à intégrer sans bouleverser son organisation.
Utiliser un podomètre ou une application peut rester un outil motivant, à condition de ne pas en faire une source de pression quotidienne. L’objectif reste avant tout de bouger plus régulièrement, dans une dynamique durable, plutôt que de courir après un chiffre qui n’a, à l’origine, rien de scientifique.
Foire aux questions
D’où vient exactement le chiffre de 10 000 pas par jour ? Il provient d’une campagne marketing japonaise des années 1960, liée à la commercialisation d’un podomètre nommé Manpo-kei, et non d’une recommandation médicale initiale.
Combien de pas par jour sont réellement recommandés pour la santé ? Les études les plus solides situent le seuil de bénéfices marqués autour de 7 000 pas par jour pour la population générale, avec un plateau observé entre 6 000 et 10 000 pas selon l’âge.
Marcher moins de 10 000 pas est-il inutile pour la santé ? Non, absolument pas. Les données montrent une réduction progressive du risque de mortalité dès les premiers milliers de pas quotidiens, bien avant d’atteindre 10 000.
Le nombre de pas est-il le seul indicateur d’une bonne activité physique ? Non, la régularité, l’intensité et la diversité des activités physiques comptent également, tout comme la réduction du temps passé immobile.
Les personnes âgées doivent-elles viser le même nombre de pas que les plus jeunes ? Les études suggèrent des seuils légèrement inférieurs chez les personnes de 60 ans et plus, autour de 6 000 à 8 000 pas, contre 8 000 à 10 000 chez les adultes plus jeunes.
Faut-il un podomètre pour bénéficier des effets de la marche ? Non, ces outils sont utiles pour suivre sa progression, mais l’essentiel reste de marcher régulièrement, avec ou sans dispositif de comptage.
En résumé
Le mythe des 10 000 pas quotidiens mérite d’être relativisé, sans pour autant être totalement écarté. Ce chiffre reste un objectif valable pour qui le trouve motivant et facilement atteignable, mais les données scientifiques actuelles montrent qu’un seuil plus modeste, autour de 7 000 pas, suffit déjà à observer des bénéfices notables sur la santé.
Ce qui compte réellement, c’est de progresser à partir de votre propre niveau d’activité, sans culpabiliser si le compteur n’affiche pas cinq chiffres en fin de journée. Chaque pas supplémentaire compte, et la régularité prime toujours sur la performance ponctuelle.
Sources
- Paluch AE, Bajpai S, Bassett DR, et al. « Daily steps and all-cause mortality: a meta-analysis of 15 international cohorts », The Lancet Public Health, 2022
- « Daily steps and health outcomes in adults: a systematic review and dose-response meta-analysis », The Lancet Public Health, 2025
- Organisation mondiale de la Santé, Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité, 2020