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La loi Hoguet : la règle du jeu que tout le monde devrait connaître en immo

Darya Tehrani 17 juin 2026 7 min de lecture
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Quand j’ai commencé à naviguer dans l’immobilier français, après des années passées dans des marchés où la réglementation ressemblait davantage à des recommandations qu’à des obligations, j’ai eu une vraie surprise. Le secteur immobilier en France est encadré avec une précision que je n’avais pas vue ailleurs. Et au cœur de cet encadrement, il y a un texte fondateur que tout le monde cite mais que peu de gens connaissent vraiment dans le détail : la loi Hoguet. Que tu sois propriétaire, futur professionnel de l’immobilier, ou simplement quelqu’un qui veut comprendre avec qui il traite quand il signe un mandat, cet article est pour toi.

TexteLoi n°70-9 du 2 janvier 1970, complétée par le décret du 20 juillet 1972
ObjectifEncadrer les professions immobilières pour protéger les consommateurs
Qui est concernéAgents immobiliers, gestionnaires locatifs, syndics, marchands de listes, chasseurs
Obligations clésCarte professionnelle, mandat écrit obligatoire, registre des mandats, transparence des honoraires
Mises à jourLoi ALUR 2014 (formation continue, durée de carte ramenée à 3 ans), loi ELAN 2018
SanctionsJusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 7 500 € d’amende pour exercice illégal

Ce qu’est vraiment la loi Hoguet et pourquoi elle existe

Avant 1970, n’importe qui pouvait s’improviser agent immobilier en France. Pas de qualification requise, pas de garantie financière, pas de contrôle sur les pratiques. Les abus étaient fréquents : commissions perçues sans service rendu, fonds clients mal gérés, promesses non tenues. C’est dans ce contexte que le député Michel Hoguet a porté le texte qui porte son nom, promulgué le 2 janvier 1970.

L’objectif était double : professionnaliser le secteur en imposant des compétences vérifiées à ceux qui exercent, et protéger les consommateurs en créant un cadre juridique clair pour toutes les transactions.

La loi Hoguet s’applique à toute personne physique ou morale qui exerce, pour le compte d’un tiers et contre rémunération, des activités portant sur des immeubles ou des fonds de commerce. Ce champ est large. Il couvre les agents immobiliers qui vendent et louent, les administrateurs de biens qui gèrent des patrimoines locatifs, les syndics de copropriété, les marchands de listes qui commercialisent des fichiers de biens, les chasseurs d’appartements et les courtiers en immobilier.

Ce qui est fondamental à comprendre, c’est que la loi s’applique dès qu’on intervient pour le compte d’un tiers. Un particulier qui vend ou loue son propre bien n’est pas concerné. Mais dès qu’on agit en intermédiaire, même occasionnellement, la loi entre en jeu.

Les obligations de la loi Hoguet que les professionnels doivent respecter

Elles sont précises, cumulatives, et leur non-respect expose à des sanctions sérieuses. Je vais te les expliquer une par une, simplement.

La carte professionnelle est le premier pilier. Elle est délivrée par la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) du lieu d’exercice, est valable 3 ans, et doit être renouvelée. Il en existe trois types selon l’activité exercée : la carte T pour la transaction (achat, vente, location), la carte G pour la gestion locative, et la carte S pour les syndics de copropriété. Chaque carte correspond à un périmètre précis. Avoir la carte T ne suffit pas pour gérer un bien, il faut la carte G en plus. Sans carte valide, exercer est illégal.

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Le mandat écrit est la deuxième obligation fondamentale. Avant toute intervention, le professionnel doit obtenir un mandat écrit signé par son client, qui l’autorise à agir et à percevoir des honoraires. Sans mandat, aucune commission n’est due légalement, même si le professionnel a réalisé une vente ou trouvé un locataire. Les tribunaux appliquent ce principe strictement : pas de mandat, pas de paiement. Le mandat doit mentionner plusieurs éléments obligatoires : la durée, le montant des honoraires, les conditions de résiliation, et le numéro d’inscription au registre des mandats.

Le registre des mandats est tenu par chaque agence. Chaque mandat signé y est inscrit le jour de sa signature avec un numéro unique qui figure sur les deux exemplaires du document. Ce registre est la traçabilité de toute l’activité de l’agence, et la DGCCRF peut le vérifier lors des contrôles.

La transparence sur les honoraires est une obligation directement visible dans la vie quotidienne : les agences doivent afficher leurs tarifs en vitrine et en ligne, en TTC, de façon lisible depuis l’extérieur. Elles doivent détailler ce qui est à la charge du locataire et ce qui revient au propriétaire. Depuis la loi ALUR, cette distinction est encore plus strictement encadrée pour la location résidentielle.

La garantie financière et la RC Pro : lorsqu’un professionnel manie des fonds appartenant à ses clients (loyers, dépôts de garantie, acomptes), il doit disposer d’une garantie financière auprès d’un organisme agréé et ouvrir un compte séquestre dédié. Il doit également souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle qui couvre les dommages causés dans l’exercice de son activité.

La formation continue est une obligation instaurée par la loi ALUR en 2014. Pour renouveler leur carte, les professionnels doivent justifier de 42 heures de formation sur 3 ans dans des matières liées à leur activité : droit immobilier, fiscalité, accessibilité, déontologie. Depuis 2021, 4 heures de cette formation doivent être consacrées à la déontologie, dont 2 heures spécifiquement sur la non-discrimination dans l’accès au logement.

La première fois que j’ai vraiment mesuré l’importance du mandat écrit, c’était lors d’un litige qui ne me concernait pas directement mais qui touchait un propriétaire ami. Un intermédiaire lui avait trouvé un acheteur pour son appartement à Bordeaux. La vente s’était faite, et l’intermédiaire réclamait sa commission. Sauf qu’il n’avait jamais fait signer de mandat avant d’agir. Mon ami a refusé de payer, le tribunal lui a donné raison. L’intermédiaire, aussi compétent qu’il ait été sur le fond, n’avait pas respecté la règle de base. Ce jour-là, j’ai compris pourquoi la loi l’exige : le mandat protège les deux parties, pas seulement le client.

Ce que la loi ALUR a changé en 2014

La loi Hoguet originelle de 1970 a été réformée à plusieurs reprises, mais la modification la plus significative est venue avec la loi ALUR du 24 mars 2014, portée par Cécile Duflot. Plusieurs changements concrets en sont issus.

La durée des cartes professionnelles a été ramenée de 10 ans à 3 ans, rendant les contrôles plus réguliers. L’obligation de formation continue a été instaurée, inexistante avant. Les syndics de copropriété ont été intégrés au champ d’application et se sont vu attribuer leur propre carte (la carte S). Les agents commerciaux travaillant sous la responsabilité d’un titulaire de carte ont été soumis à une obligation de RC Pro. La transparence sur la répartition des honoraires de location entre bailleur et locataire a été renforcée, avec un encadrement précis des frais facturables.

La loi ELAN de 2018 a ensuite apporté des ajustements complémentaires, notamment sur la gestion des baux commerciaux et certaines règles de copropriété.

Ce que ça change pour toi en tant que propriétaire ou acheteur

La loi Hoguet n’est pas seulement une contrainte pour les professionnels. C’est avant tout une protection pour toi.

Voici ce que tu peux en tirer concrètement :

Les professionnels sérieux connaissent ces règles et les respectent. Ceux qui les ignorent ou les contournent te le montrent rapidement si tu poses les bonnes questions.

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Mon père Farhad a fait toute sa carrière dans des pays où l’immobilier fonctionnait souvent sur la parole et la confiance personnelle, sans cadre juridique solide. Il respectait la loi Hoguet quand il travaillait avec des partenaires français, et il disait, avec son pragmatisme habituel : « Une loi qui protège tout le monde, même le professionnel, c’est la meilleure des assurances. C’est celle qu’on est content d’avoir payée le jour où ça tourne mal. »

Darya Tehrani
Darya Tehrani
Iranienne de naissance, j'ai grandi entre Dubaï et Riyad au rythme des chantiers de mon père, promoteur immobilier sur la péninsule arabique. L'immobilier, je l'ai respiré avant même de savoir ce que le mot voulait dire. À 30 ans, je tombe amoureuse de la France, j'apprends le français en trois ans de cours intensifs et je plonge dans le système immobilier français pendant 7 ans, entre agences et entreprises de gros œuvre. Aujourd'hui je gère des biens en Europe et dans les pays du Golfe, et j'écris pour que personne ne se sente perdu face à ce monde qui peut sembler si compliqué.